"Cornemuses"en
Limousin ? Toutes des "chabretas"
Eric Montbel
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Les cornemuses présentées ici sont nommées,
depuis leur mise en lumière par le mouvement du "Revival",
les "chabrettes limousine" ou "cornemuses
à miroirs". Mais n'oublions pas que d'autres
cornemuses ont été jouées en Limousin,
relevant d'un autre type organologique. Dans les départements
de la Corrèze, de la Creuse et de la Haute-Vienne,
bien d'autres instruments ont été utilisés
au XIXème siècle et auparavant sans doute:
musettes Béchonnet, musettes de type bourbonnais
ou berrichon, cabrettes auvergnates et parisiennes.
Sur le plan linguistique, plusieurs termes servent à
désigner la cornemuse en Limousin, au fil des siècles
.
Le mot "chabreta" semble le plus ancien,
puisqu'on le rencontre dès le XVIème siècle.
Le mot "cornemuse" apparaît au XVIIème
siècle, silmutanément au mot "musette".
"Les hautbois" semble aussi désigner cet
instrument dans divers documents manuscrits de l'époque.
Au XIXème siècle, quelques érudits
signalent le mot "charmela", et donc "charmelaire"
pour celui qui en joue, mots que l'on retrouve aujourd'hui
encore dans les Monts d'Ambazac. "Chabrette",
francisation du mot occitan qui semble en usage dès
le XVIème, se généralise au XIXème
siècle.
Pour notre part, nous avons recueilli quelques termes supplémentaires
pour désigner la cornemuse en Limousin. Le fameux
chabretaire de Limoges François Denis, qui vécut
jusqu'à la dernière guerre, parlait du "jeu
bessier" pour désigner les cornemuses de
la Besse, petit pays compris entre Bourganeuf et Eymoutiers:
c'était ainsi qu'il désignait les cornemuses
à miroirs, leur attribuant un lieu d'origine précis.
Le chabretaire Louis Jarraud parle des "parisiennes"
pour désigner les cabrettes à soufflet qu'il
utilise, et qui furent beaucoup jouées autour de
St Germain les Belles (87) dans son enfance.
Enfin, nous avons recueilli le mot "empenha"
pour désigner la cornemuse toute entiére,
en Corrèze, alors que ce terme occitan est en général
réservé au boîtier de l'instrument.
On fera l'observation d'une similitude phonétique
entre "empenha" et "zampogna", à
une époque où les musiciens de Calabre faisaient
le tour le l'Europe. Aujourd'hui les jeunes chabretaires
parlent volontiers de "la limousine": "jouer
de la limousine", c'est jouer de la cornemuse à
miroirs.
Tous ces mots ont servi et servent encore à désigner
les cornemuses en Limousin, quelles qu'elles soient. Il
n'était pas rare du reste qu'un chabretaire ait joué
plusieurs types d'instruments successivement. Ces cornemuses
différentes étaient présentes sur un
même territoire. La diffusion par catalogues (Pajot,
Nigoud, Pimpard) et par magasins de musique, à la
fin du XIXème siècle, a amplifié ce
mouvement de mise en concurrence. Les "cabrettes"
à soufflet parisiennes, vendues à Limoges,
sont apparues rapidement comme plus pratiques et fonctionnelles
que les vieux instruments fabriqués localement.
La célèbre photo du concours de Juillac
en 1905, qui met en scène les vainqueurs, illustre
cette diversité : cornemuse à miroirs, cabrette
parisienne, Highland Pipes : pourtant ce sont toutes des
"chabrettes"...
©
Eric Montbel, 1999. Mel : eric.montbel@wanadoo.fr

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Joueur de grande chabrette par Boichard.
Gravure, XIXème siècle.
Santons,
églises de St Paul d'Eyjeaux et Vicq-sur-Breuilh,
Haute-Vienne. XVIIIème siècle.
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