La
chronique de Jean-Luc MATTE :
Topanga
!
Voici un trio auquel je ne m'attendais pas, issu du hasard
des rencontres entre animateurs de stages : Eric Montbel
aux musettes du Centre et autres tuyaux d'une part, Bruno
Le Tron et ses diatoniques d'autre part, Laurence Charrier,
qui cultive depuis un certain temps divers jardins* avec
Eric, venant soutenir cette rencontre par les accords de
son harmonium (un vrai, avec ses soufflets à pédales,
bien gros et lourd à transporter et non pas un quelconque
clavier comme une vision trop rapide de la photo de couverture
pourrait le laisser penser). N'écoutez pas ce CD
sur un mauvais appareil, vous perdriez la magie de ces basses
profondes et vous risqueriez de les prendre pour celles
de l'accordéon tant les deux instrumentistes fondent
intelligemment leurs anches libres.
Eric Montbel est, incontestablement parmi nos cornemuseux,
celui dont le jeu a le plus de personnalité, celui
dont la sonorité se reconnaît le plus facilement
et c'est encore plus flagrant sur CD, du fait d'un certain
choix de réverbération, désormais constant
d'un album à l'autre, donnant ce son un peu lointain
mais toujours parfaitement net. Mais il ne faudrait pas
croire que son style ne tient qu'à un artifice et
ce son immédiatement identifiable tient davantage
encore à une articulation particulière des
notes, mariant précision, attaques glissées,
vibrés travaillés etc. Et lorsqu'il joue ses
propres compositions, comme c'est le cas sur la plupart
des titres de ce CD, se reconnaît, de plus, un style
personnel d'écriture, mettant encore en valeur son
style de jeu (et réciproquement). Soit, comme moi,
vous êtes un inconditionnel et vous dégusterez
cet album comme Proust sa fameuse madeleine (et oui, parce
que depuis près de 30 ans que je l'écoute,
cela commence à faire pas mal de souvenirs liés
à ces musiques.), soit vous êtes insensibles
et vous jugerez qu'il ne fait que " jouer du Montbel
" mais dans ce cas tant pis pour vous, vous ne savez
pas ce que vous perdez ! J'en oublierai presque de vous
parler de Bruno Le Tron, naturellement plus souvent en accompagnement
qu'en solo dans ce trio, mais doté, lui aussi, sur
ses accordéons, d'une belle sonorité, toute
en nuances, en ambiances s'immisçant parfaitement
dans le jeu d'Eric, le soutenant, faisant tourner ses valses,
mazurkas et scottiches, et nous laissant imaginer des fins
de bals intimistes où seuls demeurent encore les
couples que plus rien ne saurait séparer jusqu'au
petit matin.
*
cf " Le Jardin de l'Ange " et " Le Jardin
des Mystères " mais également le méconnu
" Roméo et Juliette " que j'avais chroniqué
dans Trad. Mag n°78
Jean-Luc
Matte
Iconographie de la Cornemuse :
http://jeanluc.matte.free.fr
http://musette.free.fr
Infomumuses Mercredi 17 mai 2006
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